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Produire en France, des paroles aux actes

Depuis la déclaration de François Bayrou sur la nécessité d’acheter Français – au sens de produits fabriqués en France –  la question fait consensus parmi les candidats à la présidentielle. Cependant, mis à part une proposition d’amélioration du Small Business Act (SBA)  européen afin de réserver une part des marchés publics aux PME, force est de constater que les décisions et propositions concrètes et économiquement viables pour relancer l’emploi ne sont pas légions. Et les deux petits graphiques ci-dessous (données insee ici et )  n’incitent pas à l’immobilisme…

A noter que le poids de la facture énergétique représente -38 milliards dans la balance en 2010, j’y reviendrais plus bas.

Malgré cette pente descendante, la France sait produire, mais uniquement des produits se chiffrant en dizaines de millions,  voire en milliards  : centrales nucléaires, fusées, satellites, trains, navires, avions civils et militaires… à l’inverse, rien ou presque de ce qui fait notre quotidien et rempli nos domiciles n’est fabriqué en France. Hors le problème est que l’on ne vend pas une centrale ou un avion de chasse par semaine, et que le nombre de clients est relativement restreint. La balance commerciale et les emplois qui en découlent ressentent donc immédiatement la perte d’un contrat. L’industrie Française ne représentant plus aujourd’hui que 14 % de notre PIB, contre plus de 25% pour sa consœur en Allemagne, il faut qu’elle investisse le domicile des Français afin de sécuriser nos emplois.

Manipulant des ressources finies, la politique est affaire de choix, et donc de priorités.  Une fois celles-ci définies, on pourrait donc s’attendre à ce que nos élus soient rompus à l’identification des mesures les plus rapides efficaces en terme de retour sur investissement électoral pour la nation. Ce n’est malheureusement pas le cas. A la gestion des causes est préférée la gestion des conséquences… la diminution du taux de la TVA sur la restauration en est un exemple criant.

La priorité est – selon moi – de permettre à la population de subvenir à ses besoins primaires (au sens large) : se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, s’éduquer, s’informer. La triade Café-Restauration-Hotellerie (CRH),  bien que forte de 630000 emplois permanents en France, n’en fait pas partie.  Aller au restaurant est un luxe.
Et si votre population est au chômage, vous pourrez bien supprimer intégralement la TVA sur la restauration que cela n’influera en rien sur la fréquentation des établissements. Dans ce contexte, la question du respect – ou non –  par les restaurateurs de la création de 40.000 emplois en contrepartie d’une réduction de 12.6 points de TVA (aujourd’hui à 7%) n’a strictement aucun intéret, car l’erreur ne porte pas sur le nombre d’emplois que la restauration s’est engagée à créer, mais sur le concept même de création d’emploi lorsque celui-ci ne repose sur aucune logique économique. Embauchez 2 millions de personnes dans la restauration si vous voulez, elle ne peut fonctionner en vase clos.

Créer des emplois de service n’a aucun sens lorsque la pérennisation de ceux-ci dépend directement du niveau de consommation d’une population au chômage. C’est de l’argent jeté par les fenêtres dans la mesure où il n’engendre aucune valeur ajoutée. Dans le cas présent, il faut percevoir la restauration comme un indicateur de niveau du portefeuille des Français. Et lorsque le niveau descend, mieux vaut chercher à le remplir qu’à bouger la graduation du verre mesureur…

Proposition : Isolation du parc immobilier

Plutôt que de traiter les conséquences, travaillons sur les causes. Il faut créer des emplois non-délocalisables et pérennes, dont le résultat du travail engendre un gain/une économie pour les citoyens comme pour l’Etat.

L’habitat représente 40% des dépenses énergétiques du pays. L’ amélioration de la performance énergétique de l’ensemble du parc immobilier par un renforcement du budget de l‘ADEME est une occasion inespérée de créer des emplois durables sur tout le territoire. L’efficacité énergétique n’est plus seulement un choix écologique c’est aussi un choix financier.

Je propose donc de rétablir la TVA à 19,6 sur la restauration (et au passage sur la vente à emporter). Cela va entraîner une perte d’emplois dans le secteur, c’est un fait, assumé. La triade CRH s’était engagé sur 40000 emplois en 2 ans, je suppose donc une perte du même nombre d’emplois quels que soient les véritables chiffres [bilan du gouvernement, regard du Monde]. Cette décision sera difficile pour les personnes licenciées, cependant, à l’échelle du pays,  c’est un mal nécessaire pour créer les conditions d’un redémarrage non artificiel de l’économie. L’état dégage du fait de cette hausse de TVA, en minorant, 2 milliards d’euro/an.

L’utilisation de ces fonds pour l’amélioration des performances énergétiques du parc immobilier (isolation, etc…) aurait un impact immédiat sur les citoyens (emplois, économies d’énergies et augmentation de l’argent disponible pour aller…au restaurant) comme sur l’Etat (réduction du niveau des pics de consommation, amélioration de la balance commerciale, réduction du parc nucléaire facilitée, diminution du chômage). Et à la différence de la TVA réduite sur la restauration, les conséquences du travail effectué seront cumulatives dans le temps, les économies allant grandissant. Les emplois CRH perdus seraient donc à mon sens plus que compensés.

De façon à véritablement créer une dynamique sur l’amélioration des performances énergétiques du parc immobilier Français, l’ADEME pourrait par exemple proposer pour chaque chantier sélectionné un apport de 80% des fonds pour 20% par l’entité intéressée (entreprise,collectivité, individu). De même, les mission de l’ADEME pourraient être étendues et celle-ci pourrait également aider les nouveaux propriétaires en payant 80% du surcoût lié à la construction d’un logement THPE (le surcoût allant jusqu’à 10% du prix d’achat pour respecter la réglementation thermique RT2012).

Si l’on se risque jusqu’à la ventilation des fonds voila le genre de chose que l’on pourrait envisager, à la louche, avec tout d’abord le principe qui guidera mes diverses propositions:

Ou va l’argent ?

  • 10% pour la réduction de la dette
  • Si possible, 10% pour l’amorçage d’une autre réforme
  • Puis, pour chaque ligne de crédit:
    –> 10% du montant pour la recherche
    –> 10% max pour le suivi et l’évaluation de la mesure, le restant étant utilisé pour la mesure.

Dans le cas qui nous intéresse, cela revient à ventiler comme suit :

  • 200 millions d’euros/an pour la dette
  • 200 millions d’euros/an pour la proposition 2
  • 1 Milliard d’euros/an pour les économies d’énergies
    –> dont 100 millions pour la recherche sur les économies d’énergies: matériaux isolants et écologiques sur l’ensemble du cycle de vie, transport d’énergie,…
    –> moins de 100 millions pour le suivi : surveillance, évaluation de l’efficacité et gestion.
  • 100 millions pour la  gestion des déchets
    –> dont 10 millions pour la composante recherche
    –> moins de 10 millions pour le suivi : surveillance, évaluation et gestion.
  • 200 millions d’euros/an pour la production d’énergie
    –> dont 20 millions pour les futurs moyens de production
    –>moins de 20 millions pour le suivi : surveillance, évaluation et gestion.
  • 200 millions pour l’accompagnement du secteur CRH.

Les moyens d’intervention de l’ADEME étant actuellement de 695 millions d’euros/an, dont 355 millions pour la mission énergie/climat, l’impact de cet investissement sera significatif. Si l’on profite de cette manne pour développer des pôles de recherches et des pépinières d’entreprises pour la production de nouveaux matériaux d’isolation/de production efficiente d’énergie, la France offrira alors un marché interne suffisamment important pour permettre l’éclosion d’un nouveau secteur à l’exportation. Mais pour cela, encore faudrait-il que nos politiques envisagent de passer à l’acte.

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  1. 9 mai 2012 à 10:09

    Super, merci pour le post!

    J'aime

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